Le matin où Louise décida de partir pour Paris, elle n’avait pas dormi.
Elle était restée assise dans l’arrière-boutique de Cœur de tissus jusqu’à l’aube, entourée de croquis, de factures, de verres de thé froid, de bouts de tissus et de cette fatigue particulière qui ne vient pas seulement du corps, mais d’un rêve qui commence à coûter trop cher.
Dans la vitrine, la robe rouge paraissait plus courageuse qu’elle.
C’était humiliant.
— Même mes mannequins ont plus de tenue que moi, murmura-t-elle.
Elle se leva, alla jusqu’au comptoir et ouvrit le tiroir où elle gardait les relevés. Les chiffres étaient là. Toujours aussi désagréables. Les ventes ne suffisaient pas. Les clientes entraient, admiraient, parlaient, revenaient parfois, mais pas assez. Certaines achetaient un foulard comme on achète une excuse. D’autres essayaient une robe, se regardaient longtemps, se découvraient belles, puis repartaient en disant :
— Je vais réfléchir.
Louise commençait à détester cette phrase.
Réfléchir, dans une boutique, signifiait souvent : je vous remercie de m’avoir permis d’imaginer une meilleure version de moi-même, mais je vais laisser mon courage dans la cabine.
Pascal Pascal n’aidait pas.
Depuis qu’il habitait au-dessus de la boutique, il avait réussi à devenir une présence inévitable. Les clientes le remarquaient. Les employées le commentaient. Les passantes le contournaient ou lui souriaient. Il écrivait des phrases pour la vitrine, puis se comportait comme si la boutique respirait désormais par ses mots. Il ne volait pas la caisse, non. Il faisait pire : il volait l’atmosphère.
Quant à Jean Chauvet, il passait de temps à autre pour surveiller la lente progression du désastre en homme qui espère presque avoir raison.
— Je t’avais prévenue, disait son regard avant même que sa bouche ne commence.
Louise refusait de lui donner cette satisfaction.
Ce matin-là, Élodie arriva la première. Elle portait un chandail vert sombre.
Louise le remarqua aussitôt.
— C’est Pascal qui t’a conseillé cette couleur ?
Élodie rougit.
— Il a seulement dit que ça faisait ressortir mon âme.
— Ton âme travaille à dix heures, je te rappelle.
— Oui, madame Lang.
Claire passa ensuite, venue du café voisin avec deux cafés et un croissant.
— Vous avez une tête à avoir pris une décision dangereuse.
— Je pars à Paris.
Claire posa les cafés.
— Voilà. Je le savais.
Élodie ouvrit de grands yeux.
— À Paris ?
— Oui.
— Pour combien de temps ?
— Quelques jours. Une semaine, si nécessaire.
— Mais la boutique ?
— Vous allez la tenir.
Les deux femmes la regardèrent comme si elle venait d’annoncer qu’elle leur confiait un navire au milieu d’une tempête.
— Moi ? demanda Élodie.
— Toi, Claire si elle accepte de passer de temps en temps, et Marie-Soleil pour les décisions impossibles.
— Je suis serveuse, rappela Claire.
— Justement. Tu sais reconnaître les clientes qui ont faim.
— De vêtements ?
— De courage.
Claire la considéra un instant, puis sourit.
— Ça, c’est bien dit. Tu devrais l’écrire sur une pancarte.
— Non. Pascal le ferait mieux, et cela m’énerverait.
À neuf heures, Marie-Soleil arriva, convoquée en urgence. Elle écouta le projet sans interrompre, ce qui était rare et inquiétant.
— Paris, dit-elle enfin.
— Oui.
— Tu vas présenter tes dessins ?
— Oui.
— À qui ?
— À tous ceux qui ne me mettront pas dehors.
— Tu as rendez-vous ?
— Deux. Peut-être trois. Les autres seront des tentatives.
— Tu ne sais pas vendre tes dessins.
— Je sais.
— Tu vas trembler.
— Probablement.
— Tu vas t’habiller trop sérieusement pour te donner du courage.
— C’est possible.
— Tu vas oublier que tu es plus intéressante que tes propres explications.
Louise soupira.
— Marie, j’ai besoin d’aide pratique, pas d’une autopsie intuitive.
— Très bien. Pratique : pars.
Louise releva les yeux.
— Tu crois ?
— Oui. Ici, tu étouffes. Tu comptes tes cintres comme des condamnés. À Paris, au moins, tu verras si tes modèles respirent ailleurs.
— Et la boutique ?
Marie-Soleil regarda autour d’elle.
— Elle survivra quelques jours sans toi. Ou elle apprendra à trembler debout.
Louise ne dit rien.
Au-dessus, les pas de Pascal traversèrent l’appartement. Lentement. Comme s’il avait entendu.
Bien sûr qu’il avait entendu.
Quelques minutes plus tard, il descendit.
Il portait une chemise noire, un foulard bordeaux et une mine d’homme blessé par avance.
— Paris, dit-il.
— Bonjour, Pascal.
— Vous partez à Paris sans me consulter ?
— J’ignorais que mon passeport avait besoin de votre bénédiction.
— Non. Mais votre roman, peut-être.
— Ma vie n’est pas votre roman.
Il sourit doucement.
— Pas encore.
Louise sentit une irritation immédiate. Il avait le don d’entrer dans ses décisions comme un courant d’air sous une porte.
— Je laisse la boutique aux filles, dit-elle. Je pars présenter mes dessins.
— Excellente idée.
Elle s’était préparée à une objection. Cette approbation la désarma.
— Vous trouvez ?
— Bien sûr. Ici, vous défendez une boutique. Là-bas, vous défendrez votre nom. C’est plus dangereux. Donc plus utile.
— Vous me surprenez.
— Je suis capable de grandeur quand cela ne coûte rien.
Claire ricana.
Pascal l’ignora avec une dignité blessée.
— Je peux vous écrire une lettre de présentation.
— Non.
— Une note brève.
— Non.
— Une phrase.
— Surtout pas.
— Vous avez tort. Paris aime les phrases.
— Paris aime aussi les gens qui savent se taire.
Il posa la main sur son cœur.
— Coup bas. Mais élégant.
Louise alla chercher son manteau.
— Pendant mon absence, Pascal, vous ne descendez pas séduire mes clientes. Vous ne conseillez pas mes employées. Vous ne réécrivez pas mes pancartes. Vous ne touchez pas à la vitrine. Vous ne racontez pas aux passantes qu’elles ont un cou tragique.
— C’était une observation sincère.
— C’était une cliente perdue.
— Pas une bonne cliente.
— Ce n’est pas à vous d’en décider.
Il s’inclina.
— J’obéirai.
Marie-Soleil le fixa.
— Non. Vous interpréterez l’obéissance.
Pascal sourit.
— Vous me connaissez de mieux en mieux.
— C’est ce qui m’inquiète.
Louise prit son sac de croquis. Il était lourd. Trop lourd pour quelques feuilles. Elle y avait glissé des mois de stress, d’orgueil, de peur et de beauté.
À la porte, elle se retourna une dernière fois vers la boutique.
— Élodie, tu notes chaque vente. Claire, tu refuses les livraisons non prévues. Marie, tu empêches Pascal de devenir une attraction officielle.
— Et si Jean passe ? demanda Élodie.
Louise hésita.
— Tu lui dis que je travaille.
— À Paris ?
— Non. Tu lui dis seulement que je travaille. Cela l’agacera davantage.
Elle sortit.
Dans la rue, l’air lui sembla différent.
Pas plus léger.
Mais plus vaste.
________________________________________
Paris n’accueillit pas Louise avec des violons.
Paris l’accueillit avec une file d’attente à la douane, un taxi trop cher, une valise coincée dans le coffre et un chauffeur qui jugea utile de lui expliquer que la mode n’était plus ce qu’elle avait été.
— Maintenant, madame, tout le monde veut être original. Résultat : plus personne ne l’est.
Louise, épuisée, répondit :
— C’est aussi ce que je crains.
Elle avait réservé une petite chambre dans un hôtel discret du neuvième arrondissement. La moquette avait connu des voyageurs plus heureux, l’ascenseur gémissait comme un vieil acteur oublié, mais la fenêtre donnait sur un morceau de zinc, deux cheminées et un ciel parisien d’un gris délicat.
Louise posa son sac de croquis sur le lit.
— Bon.
Elle se regarda dans le miroir.
La femme en face d’elle avait les traits tirés, les yeux cernés, mais une décision nouvelle dans la bouche. Elle n’était pas venue à Paris pour jouer à la touriste, même si elle s’était promis de passer devant quelques temples de la mode comme on visite des églises.
Le lendemain matin, elle commença par l’avenue Montaigne.
Les vitrines y avaient la froideur parfaite des choses inaccessibles. Les robes ne semblaient pas exposées, mais gardées sous surveillance. Les vendeuses avaient des silhouettes droites, des sourires exacts et des regards capables d’évaluer le prix d’un manteau avant même qu’il ne franchisse la porte.
Louise entra dans une première maison.
Elle demanda à présenter des dessins.
On lui demanda si elle avait rendez-vous.
Elle dit non.
On lui sourit avec cette politesse qui ferme plus efficacement qu’une serrure.
Dans une deuxième maison, elle obtint une carte professionnelle.
Dans une troisième, on lui permit de laisser un portfolio à l’accueil.
Dans une quatrième, on lui dit :
— Madame, nous recevons énormément de propositions.
Elle répondit :
— J’imagine.
— Vous pouvez envoyer un dossier par courrier.
— Je viens de Montréal.
— Alors vous pouvez l’envoyer de plus loin.
La phrase n’était pas méchante. Elle était simplement française d’une manière qui donne envie d’apprendre à respirer autrement.
Louise sortit dans la rue, son sac plus lourd qu’avant.
Elle marcha longtemps.
Rue du Faubourg-Saint-Honoré. Place Vendôme. Rue Cambon. Elle n’entrait pas partout. Parfois, elle se contentait de regarder les vitrines, d’observer les coupes, les volumes, les clientes, les hommes en noir qui ouvraient les portes, les jeunes assistants portant des housses comme s’ils transportaient des reliques.
Elle remarqua vite ces garçons du milieu de la mode.
Certains étaient très droits, très minces, presque sévères. D’autres portaient des vêtements si fluides qu’on aurait dit qu’ils avaient refusé de choisir entre la veste et l’écharpe, entre la chemise et la fleur. Plusieurs avaient des gestes d’une délicatesse absolue. Des mains expressives. Des voix douces. Des épaules fines. Une manière d’exister qui ne demandait pardon à personne.
Louise les observa sans moquerie.
Au contraire.
Ils semblaient libres d’une façon qui l’émut. Pas libres parce que la vie leur était facile, non. Libres parce qu’ils avaient transformé leur différence en style. Ils ne cachaient pas leur fragilité. Ils la portaient comme une ligne de coupe. Une élégance. Une signature.
Dans un atelier près du Marais, elle vit un jeune homme aux cheveux peroxydés traverser la pièce avec un rouleau de tulle rose sur l’épaule. Il avançait comme un prince fatigué, mais heureux. Un autre, plus âgé, les poignets couverts de bracelets fins, reprenait d’un geste précis le tombé d’une manche sur un mannequin.
Louise pensa :
— Ils ont le droit d’être plus inventés que moi.
Cette pensée la suivit toute la journée.
________________________________________
Le troisième jour, elle avait déjà perdu une partie de son assurance.
Elle parlait trop vite lorsqu’on lui accordait dix minutes. Elle expliquait ses modèles au lieu de les laisser respirer. Elle disait « ce n’est qu’une idée » avant même qu’on juge l’idée. Elle minimisait ce qu’elle venait vendre. Elle s’excusait presque d’avoir du talent.
Dans une maison de haute couture nommée Maison Valombre, elle rencontra enfin quelqu’un qui prit le temps de regarder ses croquis.
Valombre occupait un immeuble discret d’une petite rue proche de la place des Victoires. Rien d’ostentatoire en façade. Une plaque en laiton. Une porte noire. Un interphone. À l’intérieur, un escalier de pierre, des murs blancs, des bouquets sans parfum excessif et un silence de travail bien payé.
On la fit patienter dans une pièce où quatre chaises semblaient plus chères que son billet d’avion.
Puis une femme mince, cheveux courts, lunettes sombres, entra avec un dossier sous le bras.
— Madame Lang ?
— Oui.
— Solange Arvay. Direction de l’atelier création.
Louise se leva trop vite.
— Enchantée.
Solange Arvay lui indiqua de s’asseoir.
— Montrez-moi.
Louise ouvrit son portfolio.
Cette fois, elle tenta de se taire.
Solange regarda les croquis un à un. Elle ne souriait pas. Ne commentait presque pas. De temps à autre, elle déplaçait une feuille, revenait à la précédente, s’attardait sur un col, une manche, une ligne oblique.
— Vous avez une main, dit-elle enfin.
Louise sentit son cœur accélérer.
— Merci.
— Mais vous vous excusez trop.
— Dans mes dessins ?
— Dans votre manière de les présenter. On dirait que vous demandez pardon avant d’exister.
Louise ne sut pas quoi répondre.
Solange s’attarda sur la robe L’Échappée.
— Celle-ci.
— Oui.
— Vous l’avez faite ?
— Pas encore.
— Pourquoi ?
— Manque de temps. Et peut-être de moyens.
— Mauvaise réponse. Les moyens viennent après le geste. Pas toujours, mais il faut le croire si on veut survivre dans ce métier.
Elle referma le portfolio.
— Je ne peux rien vous promettre.
Louise sentit la phrase lui tomber sur les épaules.
— Je comprends.
— Non. Vous ne comprenez pas. Je dis que je ne peux rien promettre, pas que vous ne m’intéressez pas.
Louise releva les yeux.
Solange prit une carte et la posa sur le portfolio.
— Laissez-moi une copie de trois modèles. Celui-ci. Celui-là. Et la robe oblique.
— L’Échappée.
— Le nom est un peu littéraire.
— Je sais.
— Gardez-le quand même. Les noms ridicules se vendent parfois mieux que les bons.
Louise eut un rire nerveux.
— Vous restez combien de temps à Paris ?
— Quelques jours encore.
— Passez demain en fin d’après-midi. Pas avant. Pas après.
— Merci. Vraiment.
— Ne me remerciez pas trop. Cela fatigue.
Louise sortit de Maison Valombre avec une joie prudente. Pas une victoire. Un fil. Mais un fil valait mieux que le vide.
Dans le hall, au moment de quitter, elle remarqua une petite affichette collée près de l’entrée du personnel.
MAISON VALOMBRE
RECHERCHE ASSISTANT D’ATELIER
Présence discrète, sens du détail, disponibilité immédiate.
S’adresser à l’accueil.
Louise la lut une fois.
Puis deux.
Assistant.
Pas assistante.
Elle resta immobile.
À ce moment précis, deux jeunes hommes sortirent d’un couloir, chargés de housses. L’un portait un pantalon large, des souliers vernis et un chemisier ivoire au col noué. L’autre avait une veste cintrée, des yeux maquillés très légèrement, une broche ancienne au revers. Ils discutaient avec animation, riaient, se corrigeaient sur une nuance de satin, disparaissaient, revenaient, repartaient. Ils n’étaient pas ridicules. Ils n’étaient pas déguisés. Ils étaient dans leur élément.
Mieux encore.
Ils semblaient heureux.
Pas d’un bonheur niais. D’un bonheur de précision. D’être exactement là où leurs gestes, leurs goûts, leurs différences devenaient utiles.
Louise regarda l’affichette.
Puis son reflet dans la vitre de la porte.
Elle avait passé sa vie à faire sérieux, à rassurer les hommes, les banquiers, les fournisseurs, Jean, les clientes hésitantes. Elle avait appris à devenir crédible. Propre. Droite. Féminine, mais pas trop. Artiste, mais solvable. Audacieuse, mais présentable.
Et si, pour une fois, il fallait entrer autrement ?
Pas comme Louise Lang, propriétaire inquiète d’une boutique montréalaise.
Comme quelqu’un d’autre.
Une idée folle, imprudente, presque enfantine, s’ouvrit en elle.
Elle la repoussa.
Elle revint.
Elle pensa à Pascal.
À sa cape, à son chapeau, à sa manière odieuse de transformer le costume en permission.
Pour la première fois, elle se demanda si son erreur n’était pas d’avoir laissé aux autres le droit d’être théâtraux.
— Non, murmura-t-elle. Je ne vais pas faire ça.
Ce qui, dans la bouche d’une femme exténuée, signifiait parfois : je vais probablement le faire.
________________________________________
Le soir, dans sa petite chambre d’hôtel, Louise vida sa valise.
Elle aligna ses vêtements sur le lit.
Une veste noire. Un pantalon droit. Une chemise blanche. Un foulard sombre. Des souliers plats. Un long manteau. Rien de masculin au sens strict. Mais assez pour composer une silhouette ambiguë si elle effaçait certaines lignes, si elle attachait ses cheveux, si elle durcissait un peu ses gestes.
Elle se regarda dans le miroir.
— C’est ridicule.
Elle retira ses boucles d’oreilles.
— Complètement ridicule.
Elle tira ses cheveux vers l’arrière, les fixa bas, puis cacha la masse sous un petit chapeau acheté l’après-midi même dans une friperie du Marais.
— Jean dirait que c’est pathétique.
Elle noua le foulard de manière à casser la douceur du cou.
— Pascal dirait que c’est un personnage.
Elle enfila la veste noire.
— Marie-Soleil dirait que c’est une mue.
Elle se maquilla à peine, mais modifia ses sourcils, accentua une ombre, effaça la bouche. Son visage changea. Pas assez pour devenir un homme. Trop pour rester tout à fait Louise.
Elle tenta de marcher.
Trop Louise.
Elle recommença. Moins de hanches. Plus d’angle. Pas caricatural. Seulement différent. Une retenue nouvelle. Une façon de ne pas offrir son visage avant sa présence.
Elle pensa aux assistants de Maison Valombre.
À leur élégance libre.
À cette impression qu’ils avaient conquis le droit d’exister en raffinant leur étrangeté.
Louise ouvrit son agenda.
Sur une page blanche, elle écrivit :
Louis Lang.
Elle regarda le prénom.
Trop simple.
Elle ajouta :
Louis Langel.
Non.
Louis Lange.
Mieux.
Un nom qui ressemblait à elle sans l’avouer.
Elle murmura :
— Bonjour. Je viens pour le poste d’assistant d’atelier.
Sa voix était trop haute.
Elle recommença, plus basse.
— Bonjour. Je viens pour le poste d’assistant d’atelier.
Elle sourit malgré elle.
Dans le miroir, Louis Lange lui sourit aussi.
Pas vraiment un homme. Pas une femme effacée. Une ruse. Un passage secret. Un personnage suffisamment fragile pour entrer là où Louise Lang n’aurait peut-être pas osé insister.
Elle posa la main sur son sac de croquis.
— Demain, on tente notre chance.
Puis elle se coucha sans se déshabiller tout de suite, comme si retirer ce costume risquait déjà de faire disparaître l’audace.
Avant de dormir, elle pensa à Cœur de tissus.
À Élodie, à Claire, à Marie-Soleil.
À Jean qui devait sûrement préparer une phrase pour lui reprocher son absence.
À Pascal qui, peut-être, inventait déjà une histoire autour d’elle.
Elle se redressa brusquement.
Pascal.
Il comprendrait trop vite. Il sentirait la métamorphose. Il en ferait une scène. Un symbole. Un piège.
Louise éteignit la lampe.
— Qu’il essaie seulement de me voler ça, murmura-t-elle dans le noir.
Dans la chambre étroite, Paris ne répondit pas.
Mais, au-dehors, quelque part dans les rues où les vitrines rêvaient encore de tissus, la mode continuait de veiller comme une bête élégante.
FIN DU CHAPITRE IV